DTx : sans suivi rémunéré, la France reste à la traîne

Balance : outil numérique financé face au suivi médical des thérapies numériques sous-financé en France
Illustration : Santé Digitale

Sur les thérapies numériques (DTx), la France accuse un retard inattendu. Non pas sur la technologie, mais sur la rémunération du travail médical. En effet, l’Hexagone prépare la pérennisation du PECAN sans trancher la question du suivi.

L’Allemagne, elle, vient d’agir. Depuis le 1er juillet 2026, le suivi d’une application prescrite ouvre droit à une rémunération médicale dédiée. Concrètement, cet acte entre au catalogue des médecins conventionnés, l’EBM. Ainsi, l’application Axia devient un cas d’école. Car la France sait rembourser l’outil numérique. En revanche, elle oublie encore de financer la main qui le pilote.

Interface de l'application Axia, thérapie numérique remboursée pour la spondylarthrite axiale
L’application Axia, prescrite sur ordonnance en Allemagne. Capture d’écran : axia-app.de

Axia, première thérapie numérique rhumatologique inscrite durablement

Axia s’adresse aux personnes atteintes de spondylarthrite axiale. On l’appelle aussi maladie de Bechterew. Il s’agit d’une pathologie inflammatoire chronique de la colonne vertébrale.

L’application propose d’abord une thérapie par le mouvement. Elle réunit plus de 250 vidéos d’exercices, adaptés au stade de la maladie. Ensuite, elle y ajoute une bibliothèque éducative de plusieurs dizaines de modules. La start-up Applimeda l’a conçue. Pour cela, elle a coopéré avec le CHU de Wurtzbourg et l’association de patients Morbus Bechterew.

En février 2026, le BfArM a franchi une étape. Cette autorité fédérale des médicaments et dispositifs médicaux a inscrit Axia au répertoire des DiGA. Ce répertoire regroupe les applications de santé remboursables sur prescription. De plus, l’inscription est définitive. Résultat : Axia devient la première thérapie numérique rhumatologique à décrocher ce statut permanent pour une maladie inflammatoire. Un médecin peut donc la prescrire via une ordonnance classique. L’assurance maladie obligatoire la prend alors en charge.

Deux nouveaux codes pour l’acte médical autour de l’application

La nouveauté du 1er juillet ne porte pas sur le prix de l’application. Elle vise le travail du médecin autour d’elle. Pour cela, le Bewertungsausschuss a créé deux positions tarifaires. Cette instance paritaire réunit la caisse fédérale des médecins (KBV) et l’assurance maladie. Ensemble, ils fixent la nomenclature des actes.

  • GOP 01483 : pour les généralistes, internistes, rhumatologues, orthopédistes et spécialistes de médecine physique. Elle vaut aussi pour les pédiatres qui suivent des patients de 18 à 20 ans.
  • GOP 30782 : pour les médecins de la douleur disposant de l’autorisation correspondante.

Les deux actes valent la même chose : 64 points, soit 8,15 euros. Un médecin les facture une fois par trimestre. Toutefois, le plafond reste fixé à deux fois par an et par patient. Deux précisions comptent ici. D’une part, la prise en charge reste provisoire, fixée pour deux ans. Ce délai sert à jauger l’usage réel. D’autre part, le paiement tombe hors enveloppe budgétaire (extrabudgetär). Autrement dit, il ne rogne pas le budget global du cabinet. Ainsi disparaît un frein classique à la prescription.

Payer l’accompagnement, pas seulement le logiciel

Le contenu des deux actes est clair. La rémunération médicale couvre trois gestes. D’abord, le contrôle de l’évolution (Verlaufskontrolle). Ensuite, l’individualisation du programme (Individualisierung). Enfin, l’analyse des résultats (Auswertung). Autrement dit, l’assurance maladie ne paie pas qu’un simple accès logiciel. Elle finance surtout le temps du praticien. Celui-ci interprète les données de l’app. Puis il ajuste les exercices. Enfin, il réévalue la pertinence de l’outil pour son patient.

Cette logique répond au procès récurrent fait aux thérapies numériques. En effet, on cite souvent l’engagement faible des patients et l’abandon en cours de route. Beaucoup y voient le talon d’Achille du secteur. Or l’Allemagne place ici le médecin au cœur du parcours. Désormais, il a un intérêt concret à revoir le patient. Il vérifie son adhésion. Puis il corrige la trajectoire si besoin. Ainsi, le dispositif numérique cesse d’être une prescription qu’on oublie. Il devient un vrai objet de suivi clinique.

Un signal fort pour les thérapies numériques en France

Pour la France, l’exemple tombe à point nommé. Le PECAN existe depuis 2023. Ce dispositif ouvre un remboursement précoce aux dispositifs médicaux numériques. Il s’applique pendant l’attente de leur évaluation clinique complète. Cependant, le débat français reste centré sur le prix de l’outil. Il porte aussi sur la preuve du bénéfice. En revanche, il valorise peu le travail médical autour de l’app.

Le modèle Axia trace donc une autre piste. Il suggère de financer explicitement l’accompagnement médical. Cet accompagnement deviendrait alors une composante à part entière de la thérapie. Une rémunération médicale ciblée offre plusieurs garanties. Elle reste plafonnée, hors budget et limitée dans le temps. Par conséquent, elle incite les praticiens sans faire déraper la dépense. À l’heure où la France vise un régime pérenne, la leçon allemande est simple. Un usage numérique durable repose autant sur le prescripteur que sur la qualité du logiciel.

Sources

Rafik Goulamhoussen

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