Medicare paie enfin le numérique qui soigne vraiment

Le programme Medicare ACCESS change d’échelle : dès le printemps 2027, il couvrira cinq nouveaux parcours de soins chroniques. Surtout, il installe un principe rare en santé numérique : l’assureur public ne paie intégralement que si l’état du patient s’améliore. Pour la France et l’Allemagne, le signal mérite qu’on s’y arrête.
Medicare ACCESS : cinq nouveaux parcours en 2027
Mi-septembre, les Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS), l’administration fédérale qui gère l’assurance santé publique américaine, ont annoncé l’extension du modèle. Concrètement, cinq volets s’ajoutent : addictions, insuffisance cardiaque, BPCO, sevrage tabagique et suivi prolongé des troubles musculosquelettiques. Ces parcours démarreront le 1er avril 2027.
Lancé le 5 juillet 2026, ACCESS couvrait déjà notamment le diabète, l’hypertension, la douleur musculosquelettique chronique, la dépression et l’anxiété. Par ailleurs, CMS publie un annuaire des participants, avec les pathologies prises en charge et leurs résultats ajustés au risque.
Le modèle reste volontaire et s’étale sur dix ans. Plus de 150 organisations s’y sont engagées. On y trouve des cabinets médicaux, mais aussi des acteurs du numérique comme Verily (Alphabet) ou Whoop.
Un paiement au résultat clinique, pas à l’acte
Le cœur du dispositif tient en une formule : les « Outcome-Aligned Payments ». Concrètement, l’organisation reçoit un forfait annuel par patient, mais CMS en retient la moitié. Ce solde n’est versé en totalité que si au moins la moitié de ses patients atteignent des objectifs mesurables, comme une baisse de la tension artérielle ou de l’hémoglobine glyquée. En dessous de ce seuil, il est réduit en proportion.
Les montants restent modestes : la première année de prise en charge rapporte entre 180 et 420 dollars par patient. La période suivante descend entre 90 et 210 dollars. En contrepartie, les participants transmettent leurs résultats à CMS par voie électronique et tiennent informé le médecin qui leur a adressé le patient. Ce dernier peut d’ailleurs facturer un forfait de co-suivi pour ce travail de coordination.
Mehmet Oz, administrateur des CMS, assume ce virage : il veut payer « les résultats, pas l’effort, le processus ou un critère de substitution ». Selon lui, le modèle ouvre la porte à d’autres payeurs publics : Medicare Advantage, le ministère des Anciens combattants ou Medicaid.

Des tarifs jugés trop bas par les industriels
L’enthousiasme n’est pas unanime. Plusieurs entreprises de santé numérique jugent ces tarifs insuffisants pour financer un suivi technologique sérieux. Le risque est simple : seuls les acteurs très efficients, ou déjà rentables ailleurs, pourront jouer le jeu.
Ensuite, la mesure du résultat pose ses propres questions. Un patient en insuffisance cardiaque ou en sevrage d’opioïdes n’évolue pas comme un diabétique stable. CMS promet des indicateurs ajustés au risque, mais leur calibrage décidera de l’équité du modèle. Enfin, un critère mal choisi pourrait inciter à sélectionner les patients les plus faciles.
La France et sa PECAN restent sur une logique d’accès
En France, la prise en charge anticipée numérique (PECAN) poursuit un autre objectif. Elle finance pendant un an un dispositif médical numérique prometteur, le temps que son fabricant consolide ses preuves. Autrement dit, la France paie l’accès précoce, pas l’amélioration clinique mesurée patient par patient.
Le système récompense la preuve collective obtenue en essai, puis fixe un tarif. Nous l’avons déjà souligné, le suivi rémunéré des thérapies numériques reste le maillon faible du modèle français. Ainsi, les professionnels qui accompagnent le patient au quotidien restent souvent sans rémunération dédiée.
L’Allemagne des DiGA, à mi-chemin
L’Allemagne se situe entre les deux. Depuis 2020, le dispositif DiGA permet la prescription d’applications remboursées, d’abord à titre provisoire. Par ailleurs, la loi DigiG impose désormais qu’une part du prix dépende du succès de l’application.
Cependant, cette part variable repose surtout sur des indicateurs agrégés, comme l’usage ou la satisfaction. ACCESS, lui, conditionne la moitié du paiement aux résultats cliniques mesurés chez les patients suivis. Autrement dit, Washington va nettement plus loin que Berlin sur la logique de performance.
Ce que l’Europe peut en retenir
ACCESS n’a pas encore fait ses preuves. Néanmoins, il offre un laboratoire grandeur nature : dix ans, des millions de patients potentiels et des données publiées. Si le modèle tient, il fournira des arguments solides pour réformer la PECAN et les DiGA.
Concrètement, la France pourrait s’en inspirer sur deux points. D’abord, rémunérer le suivi dans la durée, et non le seul accès au produit. Ensuite, lier une fraction du paiement à des indicateurs cliniques simples et standardisés. Reste à éviter l’écueil américain : des tarifs trop bas qui feraient fuir les meilleurs acteurs.
Sources
- STAT News : Medicare expands ACCESS chronic care management tech pilot
- Healthcare Dive : CMS to add more chronic conditions to ACCESS model in 2027
- CMS : ACCESS Model
- CMS : Improving access to technology-supported care through outcome-aligned payments
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