Santé : l’IA se déploie, la gouvernance déraille

Graphique OMS 2017-2024 : courbe adoption de l IA en santé grimpant à 64 pour cent, courbe gouvernance stagnant à 8 pour cent, écart de 56 points

Un déploiement massif, une gouvernance IA santé à la traîne

Les chiffres dévoilés par l’OMS Europe frappent par leur écart. En effet, près des deux tiers des pays de la région (environ 64%) utilisent déjà l’IA pour poser des diagnostics. La moitié d’entre eux proposent aussi des chatbots aux patients.

Pourtant, seuls 8% disposent d’une stratégie nationale dédiée à l’intelligence artificielle en santé. Autrement dit, la technologie avance vite. Mais l’encadrement, lui, reste largement absent.

Concrètement, l’écart se creuse région par région. Certains pays multiplient les usages cliniques sans aucun garde-fou national. D’autres attendent encore leur première feuille de route.

De plus, 98% des États citent l’amélioration des soins comme premier moteur d’adoption. La motivation est donc réelle et partagée. Cependant, l’enthousiasme dépasse nettement la préparation réglementaire. Ce fossé, l’organisation le juge bientôt irréversible.

Lisbonne : l’appel de l’OMS à 37 pays

Le 15 juillet 2026, l’OMS a réuni 37 pays à Lisbonne, issus des six régions du monde. Hans Kluge, directeur régional pour l’Europe, y a lancé un avertissement sans détour.

« Un algorithme biaisé peut produire un mauvais diagnostic, pour un vrai patient, avec de vraies conséquences », a-t-il déclaré. La formule résume l’enjeu. En effet, l’erreur ne reste jamais théorique : elle touche des personnes réelles.

L’événement ne se limite pas aux discours. En amont, un atelier technique a réuni chercheurs et soignants les 13 et 14 juillet. Ensuite, les ministres ont débattu de gouvernance, de responsabilité juridique et d’investissement responsable.

Concrètement, l’organisation formule trois demandes. D’abord, chaque pays doit se doter d’une stratégie, de standards de responsabilité et de formations. Ensuite, les États doivent coopérer plutôt qu’avancer isolément. Enfin, les nations lusophones prépareront une feuille de route commune, attendue au sommet régional du Brésil en 2028.

Soignant devant un écran, au coeur de l'enjeu de gouvernance IA santé
La formation des soignants reste le maillon faible du déploiement. Photo : Unsplash

Des soignants formés à obéir à la machine

La question de la formation inquiète particulièrement l’OMS. Or, seuls 20% des pays forment leurs professionnels à l’IA avant leur diplôme. Une fois en poste, à peine 25% bénéficient d’une formation continue.

Par ailleurs, près de 40% des pays n’ont aucune ligne directrice éthique sur le sujet. De même, moins de la moitié ont vérifié si leur droit encadre correctement ces outils.

Résultat : des soignants apprennent à s’appuyer sur des systèmes qu’ils ne comprennent pas. Kluge y voit un faux progrès. Autrement dit, déléguer sans comprendre crée un risque incontrôlé. Ce danger rejoint celui des algorithmes cliniques qui affirment sans savoir.

Des données et une responsabilité mal encadrées

Au-delà des algorithmes, la question des données reste centrale. En effet, une IA ne vaut que par la qualité des informations qui la nourrissent. Or l’interopérabilité des dossiers patients reste très inégale en Europe.

De plus, sans cadre de responsabilité, chaque erreur ouvre un vide juridique. Concrètement, un patient lésé peine à identifier le responsable. Ce flou fragilise la confiance, pourtant indispensable à l’adoption.

Le cadre européen et français sous pression

Pour l’Europe, l’alerte tombe à un moment sensible. En effet, l’Union applique déjà son AI Act et son cadre des dispositifs médicaux. Mais la transposition concrète reste inégale d’un pays à l’autre.

La France ne fait pas exception. Désormais, la Haute Autorité de santé et l’agence du médicament doivent qualifier des outils qui évoluent en continu. Or la réglementation avance par cycles longs, quand l’IA progresse par mises à jour rapides.

Par conséquent, le retard de gouvernance devient un risque systémique. Sans standards de responsabilité clairs, la question de la faute reste ouverte. Qui répond d’un diagnostic erroné : le médecin, l’éditeur du logiciel ou l’établissement ?

Enfin, l’OMS insiste sur un point simple. La gouvernance doit rattraper le rythme du déploiement. Faute de quoi, prévient l’organisation, les écarts deviendront bientôt impossibles à corriger.

Sources

Rafik Goulamhoussen

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